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Colloque sur les Écritures

Interprétation de la Bible (AT et NT) :
Entre continuité et discontinuité

Si tous s’entendent pour dire que l’Ancien Testament était la Bible des premiers chrétiens, jusqu’à quel point y a-t-il continuité ou discontinuité entre la nouvelle et l’ancienne alliance ? Quelle est son utilité pour la vie des croyants d’aujourd’hui ? Peut-on ou devrait-on prendre le modèle herméneutique des apôtres ? Le sens christologique et le sens littéral sont-ils toujours identiques ?

Dans l’interprétation de l’Ancien Testament, l’herméneutique évangélique jongle avec deux énoncés qui semblent être, du moins en partie, contradictoires. D’un côté, il nous faut retrouver, le plus possible, le sens littéral du texte, c’est-à-dire l’intention de l’auteur, sans quoi nous ferions violence au texte. D’autre part, entend-on, si le Christ n’est pas au centre de la prédication de tout passage de la Parole de Dieu, nous faisons également violence au texte, à la grâce et à l’Évangile.

Une telle démarche est importante afin de développer et enseigner une interprétation fidèle de l’Écriture dans le contexte de la révélation progressive et de la théologie biblique. Puisque les enjeux de cette question découlent dans plusieurs sphères : pratiques, éthiques et théologiques, cet événement doit être considéré par chaque pasteur, ancien et amoureux de la Bible et de son interprétation.

Tout d’abord, les questions.

  1. Y a-t-il davantage de continuité ou de discontinuité entre l’ancienne et la nouvelle alliance ? Voilà une question épineuse ! J’aimerais suggérer qu’il y a davantage de discontinuité. Les chrétiens ne sont plus sous l’ancienne alliance comme une alliance à proprement parler ; ils sont sous la nouvelle alliance ratifiée et instaurée par notre seigneur Jésus-Christ. En ce sens, il y a donc discontinuité entre les alliances. Toutefois, en tant qu’Écriture, toute l’Écriture, y compris l’ancienne alliance, s’applique aux chrétiens d’aujourd’hui, mais dans et à travers son accomplissement en Christ. Dans ce dernier cas, il y a donc continuité dans le plan de Dieu, l’exigence morale, etc., et à travers l’histoire rédemptrice, mais en tant que chrétiens, nous sommes sous la nouvelle alliance comme une alliance en soi, et non sous l’ancienne alliance comme une alliance proprement dite.
  2. Quel est le rôle s’il y en a un de la loi pour les chrétiens d’aujourd’hui (en ce qui concerne notamment le sabbat) ? Il faut d’abord définir ce que l’on entend par « loi ». Je suppose, d’après la question, et puisqu’on y fait référence au 4e commandement, que la question traite de la loi sous la forme des dix commandements, ou de ce que beaucoup appellent la « loi morale ». Évidemment, le terme « loi » peut renvoyer à cela, mais il peut également renvoyer à l’ancienne alliance au complet, à toute la Torah, à l’Écriture, etc. Donc, en supposant que la « loi » renvoie aux dix commandements, alors l’intégralité des dix commandements s’applique aux chrétiens d’aujourd’hui, mais dans et à travers son accomplissement en Christ. Tout comme l’ancienne alliance comme une alliance proprement dite a été accomplie en Christ, nous sommes désormais sous la nouvelle alliance. Les dix commandements, qui font partie de l’ensemble de l’ancienne alliance, sont donc aussi accomplis dans la nouvelle alliance en Christ. L’application des dix commandements est pour moi davantage en Christ et, dans l’ensemble, je la perçois comme étant le grand commandement, d’abord fondé sur l’alliance de la création avec Adam/la race humaine et maintenant en Christ. Toutefois, on traite aujourd’hui les dix commandements à la lumière de leur accomplissement. On ne retire donc pas simplement les dix commandements de leur contexte d’alliance et on ne les applique pas à nos vies aujourd’hui sans se demander comment ils ont été accomplis en Christ. Dans Éphésiens 6, par exemple, on voit le commandement s’étendre à toute la terre, pas seulement à Israël. Le sabbat, sous l’ancienne alliance, était un commandement auquel il fallait obéir, mais il est également typologique et révèle un rapport d’alliance dans la création, et à la lumière du péché, le salut repose en Christ. Le chrétien d’aujourd’hui obéit au sabbat en menant une vie qui tient compte de ce vers quoi il nous dirigeait, c’est-à-dire que le salut repose en Christ. Il y a, dans la nouvelle alliance, un jour du Seigneur à proprement parler, mais il ne s’agit pas du même que l’on retrouve dans le sabbat de l’ancienne alliance.
  3. Expliquez votre approche herméneutique à Ésaïe 56.1-9 ; 65.17-25 ; Osée 11.1-2. Mon approche herméneutique consiste à lire la Bible selon l’intention des auteurs bibliques (sensus literalis) en observant la grammaire, la forme littéraire, etc. Chaque texte est lu dans son propre contexte historique de l’histoire rédemptrice et à l’intérieur de la forme finale du livre dans lequel il se trouve. On lit donc Exode en tant qu’Exode à la lumière du Pentateuque. On lit le Psaume 2 en tant que Psaume 2 contenu dans l’intégralité du psautier. On lit Ésaïe 56 et 65 à la lumière du livre d’Ésaïe, écrit par Ésaïe. Pour découvrir l’intention de Dieu, étant donné notre point de vue au sujet de l’inspiration, on lit selon ce que le ou les auteurs bibliques ont écrit. Concernant les auteurs, il importe également de reconnaître que les Écritures ont été écrites par de nombreux auteurs étant sous inspiration divine. Chaque livre doit donc être considéré en fonction des révélations précédentes. On ne comprendra pas ce que dit Ésaïe, par exemple, à moins de lire Ésaïe à la lumière de la révélation ayant précédé Ésaïe. En tant que lecteur chrétien, on lit donc Ésaïe à la lumière de l’intégralité du canon, alors qu’on suit le déroulement de la révélation de Dieu tel que tracé par les alliances bibliques qui se sont déroulées depuis la Création, et à travers Noé, Abraham, Israël et David. Ainsi, Ésaïe est placé dans son contexte historique de l’histoire rédemptrice dans Ésaïe et dans l’ancienne alliance, et il s’applique à nous à la lumière du Christ et de la nouvelle alliance à venir. Il en va de même pour Ésaïe 66 et Osée 11.

En ce qui concerne mon introduction lors du Symposium, je traiterai au moins de ces points.

  1. Les différences entre la théologie des alliances, la théologie réformée baptiste, et le dispensationalisme sont importantes et doivent être résolues puisqu’elles reflètent différentes façons de saisir le fonctionnement de la trame biblique, la façon dont se déroule le plan de Dieu à travers l’histoire rédemptrice et la façon dont il s’accomplit en Christ.
  2. La compréhension des relations entre les alliances bibliques est au cœur des différences entre les divers points de vue.
  3. Des différences herméneutiques sont également au cœur des différences entre les divers points de vue. Je tenterai d’en exposer les grandes lignes : le déroulement de la trame de la Bible, la nature des alliances bibliques, le caractère conditionnel ou inconditionnel (ou les deux) des alliances, la nature de la typologie, la structure promesse-accomplissement des Écritures, le fonctionnement de l’accomplissement, et la façon dont la totalité du plan de Dieu est accompli en Christ, la relation entre Israël et l’Église.
  4. J’exposerai ensuite quelques-unes des différences théologiques clés qui résultent de ces divers points de vue.

Points principaux de la présentation de la Théologie de la Nouvelle Alliance (TNA)

La TNA est une théologie biblique/systématique valide, historiquement baptiste, christocentrique, christotélique et christodoxale. La « Théologie de la Nouvelle Alliance » est un nom assez récent, surgissant vers la fin du 20e siècle, mais la théologie elle-même a des racines plus anciennes. Les pères de l’Église ont clairement exprimé la discontinuité entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. Au temps de la Réforme, les Frères Suisses Anabaptistes ont aussi tenu pour la primauté du NT face à l’Alliancisme de Zwingli. Enfin, certains « Baptistes Particuliers » signataires de la Confession Baptiste de Londres en 1644 ont pris des positions proches de l’herméneutique TNA.

Les 3 théologies majeures ont beaucoup en commun. Les tenants de la TNA ont en commun plusieurs domaines théologiques avec ceux de la Théologie de l’Alliance (TA) et aussi avec ceux de la Théologie Dispensationaliste (TD). Les 3 proclament ensemble le salut par la foi et les grandes doctrines de la grâce souveraine et élective.

L’herméneutique Discontinuité/Accomplissement de la TNA. Le Nouvel Alliancisme lit la Bible selon une interprétation d’histoire progressive du salut et valorise l’herméneutique de l’accomplissement (continuité réalisée). Ainsi, la TNA reconnaît la priorité des évangiles et surtout des épîtres apostoliques du NT (ainsi que l’Apocalypse) pour interpréter l’AT.

La TNA diffère de la TA en 3 points majeurs : alliance, loi, Israël. 1) Elle n’adhère pas à la doctrine d’une seule alliance de grâce éternelle qui englobe les autres alliances, ni à une alliance d’œuvres avec Adam en Eden. La TNA propose plutôt un seul dessein éternel de Dieu. La TNA replace chaque alliance historique dans son contexte (Noachique, Abrahamique, Mosaïque et Davidique). Elle accentue la nouveauté de la Nouvelle Alliance et la discontinuité/accomplissement avec l’Ancienne Alliance. 2) La TNA ne fait pas de division tripartite de la Loi Mosaïque, comme si la « loi morale » continuait à avoir force contraignante sur la conscience des croyants dans l’ère de la Nouvelle Alliance. Pour la TNA, la Loi est d’une seule pièce, complètement accomplie en Christ qui est, à la fois, la fin (cessation) et le but de la Loi (Ro 10.4). Puisque nous ne sommes plus sous la Loi mais sous la grâce, conduits par l’Esprit, nous n’observons plus le sabbat mosaïque. Nous ne sommes pas sans loi ni contre la loi (antinomiens), mais plutôt sous ou dans la loi de Christ (‘ennomos Christou’ 1 Co 9.21); 3) En ce qui concerne Israël, la TNA ne voit pas l’Église dans l’AT. L’Église débute à la Pentecôte. La TA lie Israël et l’Église et autorise le baptême des nourrissons pour remplacer la circoncision comme signe d’appartenance à l’alliance de grâce. Mais la TNA considère que l’Église est composée de croyants immergés à la suite de leur conversion. L’Église est, par son union avec Christ, le nouvel Israël de Dieu. Elle a une certaine continuité avec le Reste fidèle d’Israël (salut par la foi seule au Messie), non pas avec Israël en tant que tel (Ro 9.6). La TNA se réjouit des progrès des Réformés Baptistes par rapport à la TA, mais estime qu’ils sont encore trop attachés à la Confession de foi 1689, elle-même trop liée à la théologie réformée de la Confession de Westminster.

La TNA se distingue aussi de la Théologie Dispensationaliste (TD) concernant Israël. La TNA ne comprend pas la Nouvelle Alliance comme une intercalation ni une dispensation préalable à un retour aux dispositions de l’AT vers la fin de l’histoire humaine. La TNA n’adopte pas une herméneutique littérale-israélocentrique. Les promesses nationales et territoriales faites à Israël sont échues (conditions rompues / accomplissement lors du retour après l’exil / accomplissement dans l’Église). Ces promesses n’ont pas à être réalisées dans une période milléniale à la fin des temps. La plupart des adeptes de la TNA ne voient que deux âges (Mt 12.32), le siècle présent et celui à venir à la suite du retour de Jésus Christ (déjà et pas encore). La TNA accentue l’unité des païens et Juifs («afin de créer en lui-même avec les deux un seul homme nouveau») dans l’Église depuis la destruction du mur de séparation (Ép 2.14, 15).

Le rapport AT/NT : discontinuité de l’Ancienne Alliance et continuité réalisée et transformée en Christ. L’Ancienne Alliance est remplacée par la Nouvelle (Hé 8.7). Mais la continuité est manifeste dans la personne et l’œuvre de Jésus-Christ, né sous la loi et envoyé d’abord envers les brebis d’Israël mais portant le mandat d’une Nouvelle Alliance en son sang pour tous les peuples . La continuité est évidente lorsque Jésus explique aux disciples d’Emmaüs ce qui le concernait dans toutes les Ecritures.

La discontinuité ET la continuité peuvent coexister. Comme pour la chenille et le papillon, la continuité de l’AT subit une transformation en entrant dans l’ère de l’accomplissement en Jésus Christ. En passant de l’ombre à la réalité (Co 2.17), de l’annonce à l’accomplissement (Mt 5.17) et du passager au permanent (2 Co 3.11), il y a nouveauté radicale. À la croix, le voile est déchiré et la Loi mosaïque est caduque (Ro 10.4). Le nouveau Législateur ordonne : « enseignez-leur à observer tout ce que JE vous ai prescrit » (Mt 28.20). La transformation se voit pour le Sabbat en une application spirituelle (Hé 4). Pour l’Ancien / Nouveau Commandement, il est transformé car il a un nouveau modèle (Jésus), une nouvelle dimension (comme je vous ai aimés), une nouvelle priorité (l’accomplissement de la loi), un nouveau lien (vertical et horizontal, Mt 22.37-40), une nouvelle étendue (aimez vos ennemis), une nouvelle marque distinctive (À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples…), une nouvelle expérience (celui qui aime son frère demeure dans la lumière) et surtout, un nouveau dynamisme intérieur (l’Esprit).

Les passages clés pour la TNA. Nous traiterons avec attention particulière 1) l’annonce de la Nouvelle Alliance dans Jérémie 31, ainsi que son application par l’auteur de l’Épître aux Hébreux à ceux qui s’approchent de Dieu par le souverain sacrificateur, médiateur d’une alliance plus excellente; 2) la déclaration de Jésus Christ dans «le sermon sur la montagne» comme quoi il est venu, non pour abolir mais accomplir la loi (Mt 5.17). Nous mettrons en valeur le sens de ‘réaliser’ plutôt que ‘confirmer’ pour ‘accomplir’. 3) L’herméneutique de Paul concernant les alliances et la loi dans Ro 5, 1 Co 3 et Ga 3, 4 (ainsi que dans Hé 7-9).

La discontinuité de l’ancienne alliance et la continuité de ses principes

Introduction :
La révélation progressive de Dieu
L’herméneutique littérale grammaticale-historique

Développement :
La distinction entre Israël et l’Église
Le rôle de l’ancienne alliance
L’inauguration et l’application de la nouvelle alliance

Conclusion :
La relation du croyant de l’Église avec l’ancienne alliance

La théologie des alliances dans une perspective baptiste

Je présenterai la théologie des alliances dans une perspective baptiste (TAB). Cette perspective était celle des baptistes calvinistes d’Angleterre au 17e siècle qui ont rédigé la deuxième Confession de foi baptiste de Londres de 1689.
La TAB s’inscrit dans l’orthodoxie protestante qui distingue entre la Loi et l’Évangile et plus particulièrement l’approche réformée qui reconnait deux alliances théologiques fondamentales à l’histoire de la rédemption, à savoir l’alliance des œuvres (la Loi) et l’alliance de grâce (l’Évangile).

Cependant, la TAB n’adhère pas à la compréhension majoritaire des réformés qui voient l’ancienne et la nouvelle alliance comme deux administrations d’une même alliance de grâce. Les réformés baptistes considèrent plutôt que l’alliance de grâce fut révélée progressivement sous l’ancienne alliance avant d’être conclue formellement dans le sang de la nouvelle alliance. Autrement dit, la nouvelle alliance est la substance de l’alliance de grâce; promise sous l’AT et conclue dans le NT.

Cette approche historique intègre la révélation biblique en mettant de l’avant à la fois des éléments de continuité et de discontinuité entre les deux testaments. Nous verrons ainsi sous l’angle de la continuité, concernant la Loi divine, que la Loi morale transcende les deux alliances puisqu’elle reflète le caractère saint et inchangeable de Dieu et qu’elle est la norme universelle et permanente qui régit tout homme (Mt 5.18 ; Rm 2.14-15 ; 1 Pi 1.15.16). Il n’y a qu’une Loi morale qui est la Loi du Père et du Fils qui ne sont qu’Un (Jn 15.10). Cette Loi morale cependant n’accomplit pas la même fonction dans les deux alliances bien qu’elle soit la même Loi. Sous l’ancienne alliance elle avait des visées pédagogiques et typologiques pour conduire au Christ en étant un ministère de mort et de condamnation (2 Co 3.7-11 ; Ga 3.10- 25). Sous la nouvelle alliance, une fois accomplie activement et passivement par le Médiateur (Mt 5.17 ; Rm 5.18-19, 7.4, 8.3-4 ; Ga 3.13), la Loi sert de règle de conduite pour diriger la vie des enfants du royaume (Mt 5.19-20, 7.12 ; Rm 13.8-10 ; 1 Jn 2.3-4, 5.2-3).

Cette compréhension de la continuité/discontinuité de la Loi repose sur la distinction de la Loi morale comme règle apodictique par rapport aux autres lois de l’AT qui étaient des lois positives qui, par conséquent, n’avaient pas un caractère permanent et qui expirèrent avec l’ancienne alliance tout en conservant une équité générale pour l’Église (1 Co 7.19, 9.8-10 ; Col 2.16-17 ; Hé 8.13). Nous distinguerons donc aussi le Sabbat (loi morale permanente), des sabbats (lois positives temporaires). Nous verrons comment la rédemption de Jésus a accompli non seulement la théologie du sabbat, mais a transformé la célébration de celui-ci pour le peuple de la nouvelle alliance en un nouveau sabbat appelé Jour du Seigneur (Hé 4.9-10 ; Ap 1.10).

Heure de début
09:00
Saturday, October 05, 2019
Heure de fin
17:00
Saturday, October 05, 2019

Détails

Date :
octobre 5
Heure :
09:00 - 17:00

Organisateur

SEMBEQ
Téléphone :
514-337-2555
E-mail :
info@sembeq.qc.ca
Site Web :
www.sembeq.qc.ca

Lieu

Église Baptiste Évangélique Emmanuel
4902 Boulevard Saint-Charles
Pierrefonds, Qc H9H 3E3 Canada
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